Au Tchad, coudre un chemin vers l’autonomie
Dans la ville de Bitkine, le centre de formation Al Tatawwur promeut l’entrepreneuriat par la couture. Très populaire, le projet est soutenu par la Mission Évangélique au Tchad, une association basée dans le Jura bernois.
Depuis quinze ans, ses cours de couture rencontrent un succès qui ne se dément pas. Soutenu par la Mission Évangélique du Tchad (MET), le centre de formation Al Tatawwur permet à des agricultrices de la région de monter leur propre affaire, améliorant ainsi leur quotidien – et leur autonomie. «Après avoir conclu cette formation, j’ai pu acquérir une machine à coudre et me mettre à mon compte. Désormais, je peux confectionner des habits pour mes enfants. Grâce au revenu retiré de ma nouvelle activité, je leur achète aussi des fournitures scolaires et savons. Auparavant, tout cela était impossible.» Pour Khadija Moussa, le cours dispensé par le centre de formations professionnelles Al Tatawwur a marqué un tournant. Cette agricultrice, mère de sept enfants, fait partie de la quinzaine de femmes qui, chaque année, s’y forment à la couture et au tricot. Située dans la ville de Bitkine, au centre du Tchad, l’institution bénéficie du soutien de Mission Évangélique au Tchad (MET), une association établie dans le Jura bernois.
Nourrir ses enfants, un défi
Comme près de 80 % des 19 millions d’habitant·es de ce pays d’Afrique centrale, Khadija Moussa et sa famille subviennent à leurs besoins en pratiquant une agriculture de subsistance. Une activité au rendement précaire, touchée de plein fouet par l’aggravation des chocs climatiques – qui se traduit notamment par une plus grande variabilité des précipitations, sur un territoire dont près du tiers est recouvert par le désert du Sahara. «Assurer la scolarité, garantir un repas équilibré à ses enfants ou veiller à ce qu’ils aient accès aux soins. Tout cela est extrêmement difficile pour une majorité des femmes au Tchad. Cette situation est encore aggravée par le renchérissement, qui touche les villes comme les campagnes», constate Rébecca Menboubou, formatrice en couture et tricot au sein du centre Al Tatawwur. Selon les statistiques de la Banque mondiale et des Nations unies, en 2024, 36,5 % de la population vivaitent en situation de précarité extrême; plus de 14 % étaitent frappées de malnutrition aigüe.
La couture fait le plein
Avec deux collègues, Rébecca Memboubou enseigne depuis 2010 les gestes indispensables à la confection des vêtements. Même si le centre propose aussi d’autres apprentissages, de la menuiserie à la construction métallique en passant par l’informatique, le cours de couture reste un must. Son succès est tel qu’il faut des mois d’attente avant d’entamer ce cursus, réservé aux femmes dans un pays où ce métier reste un bastion masculin.Dans un premier temps, la formation a été mise sur pied afin de permettre à des filles mères – le taux de grossesses adolescentes est très élevé dans le pays – d’accéder à une activité professionnelle. Puis, peu à peu, l’éventail s’est ouvert. Les personnes vulnérables, par exemple les femmes se retrouvant sans revenu et avec des enfants à charge après un divorce, demeurent cependant le public prioritaire. «Nous leur apprenons toutes les étapes de la transformation des tissus en habits», explique Rébecca Memboubou – qui est aussi la responsable des affaires féminines du centre. A l’issue du cours, d’une durée de huit mois, les apprenantes peuvent acheter une machine, pour la moitié du prix coûtant. La clé pour ouvrir un petit atelier de confection, souvent à domicile.
Un chemin vers l’autonomie
«Nos formations permettent à ces femmes d’être autonomes et résilientes. Avec ce revenu, plus question de revendre le sorgho, le gombo et l’arachide pour s’acheter un habit à 2000 francs CFA (environ 3 francs suisses)», image Rébecca Memboubou. Grâce à leur nouvelle activité, certains foyers ont pu acquérir des animaux d’élevage, diversifiant ainsi production et revenus. Géré par un personnel local, le centre de formation est le fruit d’une collaboration entre les églises protestantes et évangéliques tchadiennes, soutenues par la MET. «Au départ, nous avons investi dans la construction des bâtiments. Aujourd’hui, nous participons au financement des machines à coudre à prix réduit proposées aux participantes, et prenons en charge une partie des frais en personnel. Nous soutenons aussi les responsables au niveau de la gestion et de la comptabilité», précise Aline Knuchel, secrétaire administrative de la MET.
Sur le terrain, les défis restent nombreux. Rébecca Memboubou en énumère quelques-uns: cherté du transport et du logement en ville pour les apprenantes; difficulté à acquérir le matériel en quantités suffisantes; adaptation aux évolutions techniques. Pas facile non plus, pour les femmes ayant conclu le cours, de réunir les 45 000 francs CFA (près de 64 francs suisses) nécessaires à l’achat d’une machine subventionnée. Une étape pourtant indispensable dans le chemin vers l’autonomie tissé par ces couturières. Et qui, lorsqu’elle se concrétise, donne tout son sens à un projet de coopération conçu pour favoriser l’entrepreneuriat: «Grâce à cette formation, je suis devenue indépendante financièrement. Je suis vraiment reconnaissante d’avoir pu la suivre», résume Khadija Moussa.
Le programme de la Mission Évangélique au Tchad est soutenu par la DDC (DFAE), dans le cadre du programme institutionnel d’Unité 2025-2028.