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Œuvrer ensemble pour les indigènes Yanomami au Brésil

Dans la jungle d’Amazonie, les indigènes Yanomami se battent contre l’occupation illégale de leur territoire et une recrudescence des maladies infectieuses. La collaboration entre l’ONG suisse E-CHANGER et sa partenaire brésilienne Secoya a permis de garantir à plusieurs communautés un accès durable à l’eau potable et aux soins, ainsi que de renforcer l’éducation indigène et l’affirmation politique.

Gilles d'Andrès
Réalisation d’une formation aux premiers secours destinée aux Agents Indigènes d’Assainissement (AISAN), organisée en partenariat avec la Croix-Rouge brésilienne afin de renforcer leurs capacités de réponse aux situations d’urgence dans les zones isolées du territoire yanomami. Photo : Sylvie Petter

Ils sont environ 33 000 au Brésil, répartis sur un territoire de la taille du Portugal, entre les États d’Amazonas et de Roraima dans le nord-ouest du pays. Les indigènes Yanomami sont disséminés dans la jungle, en communautés villageoises parfois très éloignées les unes des autres. Pour rejoindre certains hameaux, il faut plusieurs jours de bateau sur le fleuve Amazone, selon le niveau de l’eau, dans des conditions difficiles.

Depuis des années, les indigènes Yanomami restent confrontés à un contexte sanitaire tendu, avec des pics de malaria et autres épidémies, des problèmes de malnutrition et une forte mortalité, explique Sylvie Petter, ancienne volontaire d’E-CHANGER et actuelle accompagnatrice des programmes de Secoya sur place. La faute en grande partie au contact avec les nabë, les Blancs, qui ne remonte qu’à environ 70 ans et a surtout pris la forme d’un accaparement des ressources, de la pollution et de l’orpaillage illégal. Infirmière de métier, Sylvie Petter a travaillé comme coopéractrice pour E-CHANGER dès 2010, puis est restée au sein de l’ONG locale. La Suissesse a coordonné le programme d’éducation à la santé de Secoya jusqu’en 2023.

Des améliorations sur le terrain …

Avec en premier lieu, des réalisations très concrètes au fil des ans: l’amélioration de l’accès à l’eau potable pour 3000 personnes via 17 systèmes de traitement de l’eau implantés dans les villages (dix autres sont en cours d’installation), ou la formation d’agents de santé yanomami sur des questions d’assainissement (l’an dernier, huit nouveaux agents de santé ont été engagés par le gouvernement). Des projets de terrain que Sylvie Petter a coplanifié et mené de front avec ses partenaires de Secoya, qu’elle dit «nés du partage d’idées et enrichis par la variété des expériences et connaissances».

«Le soutien d’E-CHANGER, indispensable pour lancer ces initiatives, a aussi été matériel», souligne Thaline Fontes, présidente de Secoya depuis 2024 et ancienne formatrice d’enseignant·e·s sur place. Les fonds alloués par l’ONG suisse ont permis de disposer de transports et d’installations satisfaisantes dans les villages, notamment pour l’éducation scolaire. «En plus, il est important de pouvoir compter sur des personnes motivées et compétentes quand on part sur le terrain pour une durée de deux mois», poursuit Thaline Fontes. «Planifier ensemble, partager les expériences, pouvoir se fier à l’autre face aux difficultés du terrain est une clé du succès dans ce genre de missions.»

... à l’autodétermination indigène

Sylvie Petter a pu faire profiter Secoya de ses compétences d’infirmière à un moment crucial, quand l’ONG locale ne pouvait pas se permettre de salarier un·e professionnel·le. Sa formation suisse a aidé à poser les bases du programme d’éducation à la santé, en amenant une vision de la santé plus globale et plus attentive aux déterminants sociaux, à la prévention et à la recherche de solutions construites avec les patient·e·s. Tancredo, président de l’association Parawami, l’une des deux associations yanomami au Brésil, assure que grâce au travail de Secoya, les améliorations pour son peuple sont multiples, de la santé à l’éducation, en passant par l’autodétermination politique. Lui-même figure parmi les dizaines d’enseignant·e·s yanomami formés par Secoya dans le respect du savoir traditionnel, et a appris le portugais. «J’ai pu sortir de mon territoire pour connaître le monde des nabë et leur transmettre la pensée yanomami, pour qu’ils soient au courant de l’invasion que nous, la forêt, les rivières, les animaux, endurons.» La création des deux associations yanomami, via lesquelles s’exercent aujourd’hui l’affirmation et le protagonisme autochtone, a été portée par l’ONG brésilienne. Secoya a aussi œuvré pour la formation et la reconnaissance politique des sage-femmes traditionnelles yanomami: celles-ci se positionnent désormais en leaders dans leurs communautés, formulant leurs revendications dans la défense de la vie et du territoire.

Un engagement sur le long terme

Sans l’appui de la coopération internationale, en l’occurrence sans le soutien durable de la coopération suisse via E-CHANGER, il n’aurait pas été possible d’obtenir de telles avancées éducatives et politiques. Ni de lutter efficacement contre la malnutrition et les épidémies touchant les Yanomami. Vulnérable du point de vue financier, Secoya n’aurait même pas survécu ... «C’est l’idée d’un appui fidèle et durable qui m’anime», relève Sylvie Petter. «Une proposition forte de solidarité, et non de simples calculs de rentabilité.»

Sur place depuis 15 ans, elle dit avoir beaucoup appris au contact de ses partenaires brésiliens, notamment dans la gestion de projets, et a pu amener de son côté certains schémas d’analyse européens. A son poste de membre de la coordination et accompagnatrice des programmes de Secoya, la Suissesse met désormais ses compétences au service du renforcement institutionnel de l’ONG. Par effet domino, elle espère consolider encore les différents projets impliquant les indigènes yanomami.

Le programme d’E-CHANGER au Brésil est soutenu par la DDC (DFAE), dans le cadre du programme institutionnel d’Unité 2025-2028.

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